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La réouverture des écoles en toute conscience

LETTRE OUVERTE DANS LA GAZETTE

La réaction du Québec à la pandémie de la Covid-19 a commencé du bon pied sous la direction éclairée du premier ministre Legault qui, appuyé par les autorités sanitaires et les ministres, a accompagné prudemment les citoyens du Québec sur la voie d’une anxiété sans précédent à l’égard de leur santé et des mesures mises en place pour contrôler l’épidémie. Le retour à une « nouvelle normalité » s’avère infiniment plus complexe et a de sérieuses conséquences sur l’éducation et l’économie.

Alors que nous nous préparons à rouvrir les écoles au cours du prochain mois, nous sommes profondément troublés par l’évolution des critères pour le retour en toute sécurité des élèves du primaire et l’achèvement des études pour les élèves du secondaire. Le nombre de cas de Covid-19 à Montréal et la possibilité de maladies graves chez les enfants sont particulièrement préoccupants. Cette situation est aggravée par l’annonce subite, cette semaine, de la modification du seuil de vulnérabilité pour le personnel de 60 ans à 70 ans, suivie d’une directive à l’effet que tous les élèves du secondaire doivent terminer les études requises en ligne d’ici la fin juin. Ces annonces ont accru les attentes du public à des niveaux déraisonnables. Les parents qui songent à l’éducation de leurs enfants doivent bien comprendre deux conséquences. Au primaire, les éclosions à Montréal-Nord et dans une garderie en milieu scolaire à Mascouche prouvent que les niveaux de contagion et les taux de transmission seront élevés dans les écoles. Au secondaire, la promesse du ministre à l’effet que tous les élèves du secondaire termineront en ligne les études requises pour cette année ne peut être réalisée de manière équitable.

Ces annonces quasi quotidiennes font en sorte que les administrateurs scolaires, les enseignants et le personnel de soutien se démènent pour assumer la responsabilité de leur succès ce qui, de notre avis, constitue une exigence déraisonnable. Le fardeau porté par tout administrateur et tout enseignant advenant une maladie grave découlant d’une éclosion en milieu scolaire est inacceptable. 

Pour les seuls fonctionnaires scolaires publiquement élus qui restent en poste, il s’agit d’une question de conscience sur la préservation de la sécurité publique à l’échelle de la province. Pour nous, la question est celle-ci : « Pouvons-nous, dans l’intérêt public et en toute conscience, soutenir l’ouverture des écoles, ce qui équivaut à inviter les parents à risquer volontairement d’exposer leurs enfants à une maladie très grave et contagieuse? » D’autres questions importantes viennent à l’esprit : Bien que volontaire, certains parents devront-ils envoyer leurs enfants à l’école en raison de la pression de retourner au travail? Par conséquent, ces mesures auront-elles une incidence négative sur un segment vulnérable de la population. 

Nous ne pouvons pas, en toute conscience, invoquer l’argument que nous ne font qu’exécuter les directives gouvernementales. L’on peut réagir de diverses manières à ce dilemme, notamment nous conformer aux directives tout en protestant, ou encore refuser de rouvrir jusqu’à ce que les risques soient atténués convenablement. Notre approche est plus conciliante : nous demandons de reporter l’ouverture des écoles, surtout à Montréal, jusqu’à ce que la gestion des risques soit discutée ouvertement et planifiée en collaboration avec nos administrateurs scolaires. Si une telle coordination a lieu dans le domaine de la santé publique, pourquoi pas en éducation publique? Le ministre de l’Éducation a eu six semaines pour consulter et établir en collaboration un plan réaliste pour la mise en œuvre de ces mesures. Il ne l’a pas fait, ce qui a engendré une série de décisions centralisées prises hâtivement sans consultation, semé la confusion au sein du système et laissé les administrateurs aux prises avec le plan peu développé du gouvernement. Par ricochet, cela a augmenté davantage l’anxiété des parents, du personnel et des élèves, sapant la confiance du public à l’égard du gouvernement.

Nous avons précédemment cité les lignes directrices de l’OMS liées à l’assouplissement des mesures d’isolement en toute sécurité, notamment : l’assurance que la transmission du virus est maîtrisée; la mise en place de mesures suffisantes dans les écoles afin de prévenir la propagation du virus; et la capacité du système de santé de détecter, tester, isoler et traiter chaque cas ainsi que de retrouver chaque personne qui est entrée en contact avec un cas confirmé.

Soyons clairs : en fonction de ces normes reconnues à l’échelle mondiale, les conditions requises pour rouvrir les écoles à grande échelle en toute sécurité ne sont pas remplies à l’heure actuelle. Notre personnel dévoué fait tout son possible pour se conformer à ces exigences extraordinaires et, dans ce cadre, a fait beaucoup de sacrifices. Or, la responsabilité liée à l’établissement de ces conditions, et celle liée à leurs conséquences, revient entièrement au gouvernement.

Cet article est co-signé par : Stephen Burke, président de la Commission scolaire Central Québec, Wade Gifford, président de la Commission scolaire Eastern Shores, Michael Murray, président de la Commission scolaire Eastern Townships, Noel Burke, président de la Commission scolaire Lester-B.-Pearson, David D’Aoust, président de la Commission scolaire New Frontiers, Dan Lamoureux, président de la Commission scolaire Riverside, Paolo Galati, président de la commission scolaire Sir Wilfrid Laurier et Alain Guy, président de la Commission scolaire Western Quebec.